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Qu’est-ce que le scientisme ?
Aujourd’hui, la « science », ou plutôt la vulgarisation scientifique, en impose énormément aux masses, si bien qu’une apparence de « scientificité », un jargon de spécialiste ou une veste blanche suffisent à captiver l’attention des foules et à les rendre réceptives aux manipulations les plus grossières.
Ceci découle d’un certain point de vue subjectif sur le monde, essentiellement inexact, d’un dogme rationaliste inculqué par défaut, d’une superstition dont le nom n’est pas assez connu : le scientisme.
Le scientisme, pour reprendre la définition de Thuillier, est la croyance que :
- la science expérimentale est la seule source fiable et authentique de savoir sur le monde, par opposition aux révélations religieuses et aux traditions.
- la science est apte à répondre à toutes les questions théoriques et de résoudre tous les problèmes pratiques (du moins si ces questions et ces problèmes sont formulés correctement, c’est à-dire de façon « positive » et « rationnelle »)
- qu’il est donc légitime et souhaitable de confier aux experts scientifiques le soin de diriger toutes les affaires humaines (qu’il s’agisse de morale, de politique, d’économie, etc.).
Dans notre monde moderne, le scientisme est partout, mais reste invisible aux yeux de la plupart, étant donné que nous baignons dedans depuis notre enfance. Ainsi, le scientisme « va de soi », et ses postulats fondamentaux ne sont jamais clairement exposés ou discutés.
Loin de reconnaître les limites inhérentes à la raison et à la méthode scientifique moderne, le scientiste cherche à limiter la réalité à sa dimension matérielle, en niant tout principe supérieur non atteignable par ses méthodes.
De plus, le scientisme sous-entend que la méthode scientifique moderne faillible peut, et devrait, s’étendre à tous les domaines de la vie et permettre de gérer la société, ce qui débouche ultimement sur la « technocratie » ou la « scientocratie ». La gestion de la crise Covid 19 en est un exemple éloquent.
Les limites inhérentes à la méthode scientifique
Par définition, la science est l’ensemble des connaissances humaines éprouvées : la science moderne n’a pas pour but d’énoncer des vérités, mais de chercher à comprendre le monde en émettant les hypothèses et théories les plus robustes et les plus commodes possibles. Ces hypothèses, par leur nature même, sont amenées à être révisées, abandonnées ou reformulées lorsque cela s’avère nécessaire.
La science moderne ne s’occupe que de la dimension matérielle de la réalité telle qu’accessible aux sens. La méthode scientifique est donc par essence limitée, bien que tout à fait légitime dans son propre domaine relatif. En fait, elle s’applique exclusivement aux conséquences physiques, étant inapte à remonter aux causes métaphysiques pures.
« La métaphysique est la connaissance des principes d’ordre universel, dont toutes choses dépendent nécessairement, directement ou indirectement. Là où la métaphysique est absente, toute connaissance qui subsiste manque donc véritablement de principe, et, si elle gagne par là quelque chose en indépendance, elle perd bien d’avantage en portée et en profondeur.
C’est pourquoi la science occidentale est tout en surface. Se dispersant dans la multiplicité infinie des connaissances fragmentaires, se perdant dans le détail innombrable des faits, elle n’apprend rien de la vraie nature des choses, qu’elle déclare inaccessible pour justifier son impuissance à cet égard. Aussi son intérêt est-il beaucoup plus pratique que spéculatif. » René Guénon
Etant donné sa nature purement analytique et quantitative, la méthode scientifique tend à se disperser. L’analyse ne débouche pas systématiquement sur une synthèse du fait que l’analyse peut se poursuivre indéfiniment. Ainsi, en niant l’existence de principes supérieurs et métaphysiques, la science moderne ne peut arriver à une synthèse digne de ce nom, ni ordonner ses théories et hypothèse en un tout cohérent, solide et intelligible.
Le monde des idées et le monde sensible platoniciens

Au sens platonicien, la méthode scientifique moderne s’applique donc uniquement au monde sensible. Selon le philosophe, la connaissance véritable relève pourtant du monde des idées et donc de la métaphysique.
La doctrine rationaliste moderne, fondement du scientisme, nie toute métaphysique, refuse de supposer l’existence de ce qui n’est pas directement accessible à la raison.
Cependant, l’intuition intellectuelle dépasse la raison et peut accéder au monde des idées, notamment au moyen de l’analogie métaphysique. L’analogie était le moyen de connaissance des civilisations traditionnelles. Par l’analogie, on peut dépasser les limites inhérentes à la raison humaine sur le plan intellectuel.
« L’intelligence saisit l’être. Elle en tire les notions d’unité, de vérité, de bien, de subsistence, d’individualité, de substance et d’accident, de perfection graduée, d’acte et de puissance, de causalité efficiente et finale, tout ce cortège de notions fondamentales qu’examine la métaphysique générale.
Tout le réel est être ; tout ce que contient l’être est contenu dans tous les êtres ; toutes ces notions métaphysiques s’appliquent donc à la totalité du réel ; et en toute vérité, l’intelligence humaine, enchaînée à l’ordre sensible, limitée de toute part par les conditions essentielles de son activité, peut connaître tout » De Munnynck, L’analogie métaphysique
De même, Platon considère que l’âme possède une capacité de connaissance immortelle : l’âme est n’apprend rien mais se souvient. Ce concept est connu sous le terme de réminiscence.
« Cette doctrine affirme que l’âme, avant de naître, a tout connu, mais que lors de son incarnation elle oublia tout. Le travail de connaissance est alors celui de re-connaissance. L’objet d’une connaissance est certes suscité par les sens, mais son apparition réelle au sein de l’âme provient de sa réminiscence ; de son souvenir.
Les sens ne sont alors que des outils qui aident l’âme à accoucher de ses oublis. Cette méthode, que Socrate dans les dialogues de Platon (donc pas le Socrate historique) appelle la méthode maïeutique (art de l’accouchement), permet de faire « accoucher » à n’importe quel homme un savoir qu’il croyait ignorer, simplement en lui posant des questions. »
L’homme disposerait donc en lui-même d’une capacité de connaissance immédiate, autre que la raison, cette dernière étant par essence de nature médiate.
Les deux intelligences

L’intelligence analytique cérébrale basée sur la raison est de type lunaire. L’intelligence intuitive suprarationelle est de type solaire. On appelle cette dernière intuition intellectuelle, intelligence pure ou « intelligence du cœur » et il est intéressant de noter que les anciens considéraient le cœur comme le siège de l’intelligence.
Proclus écrivit en s’adressant au soleil : « Occupant au-dessus de l’Ether le trône du milieu, et ayant pour figure un cercle éblouissant qui est le Cœur du Monde, tu remplis tout d’une providence à même de réveiller l’intelligence » évoquant ainsi l’analogie existant entre le soleil et le cœur et le lien existant entre ce dernier et l’intelligence.
Il serait à ce propos faux de penser que le lien entre le cœur et l’intelligence est de nature sentimentale. Associer le cœur exclusivement aux sentiments est une idée moderne. Le fait que le cœur n’est plus associé à l’intelligence découle sans doute de l’avènement du rationalisme lequel, en identifiant exclusivement l’intelligence à la raison, à son aspect lunaire, nie l’intelligence transcendante et immédiate relevant de l’organe central du corps humain.
Le fait que l’intelligence rationnelle analytique soit de type lunaire se retrouve dans le terme français « réfléchir ». Ainsi, comme la lune réfléchit la lumière du Soleil, l’intelligence cérébrale rationnelle devrait être le reflet, ou l’auxiliaire, de l’intelligence directe du cœur.
Ainsi, l’intuition intellectuelle réside réellement dans le cœur et doit éclairer, illuminer l’intellect cérébral. De cette union naît le véritable discernement.
« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »
Rabelais
Le rationalisme a donné naissance à sa contrepartie, le « sentimentalisme », lequel tendit à placer le sentiment au-dessus de l’intelligence. Du point de vue traditionnel, le sentimentalisme peut être vu comme une chaleur sans lumière, et le rationalisme comme une lumière sans chaleur.
L’intelligence pure transcende cette polarité.
Scientisme, vulgarisation et propagande

Le scientisme inculqué par l’éducation de masse est loin d’aiguiser notre sens critique. Ces notions de vulgarisation scientifiques découlent sur une vénération excessive pour les affirmations des scientifiques et sur un empressement à accepter un résultat décrit comme scientifique, court-circuitant l’esprit critique.
Ainsi, le fait de dire qu’une chose est « scientifique » suffit à la rendre sérieuse et digne d’intérêt. Dire qu’une autre est « non scientifique » ou « pseudo-scientifique » est souvent suffisante à la discréditer aux yeux du public.
En fait, il existe un hiatus entre la recherche scientifique véritable, et la vulgarisation qui en est faite au public. Toute théorie ou hypothèse, pour peu qu’elle soit présentée comme « scientifique » au grand public, est susceptible d’être acceptée comme un dogme par ce dernier.
De plus, les données scientifiques sont facilement sélectionnées et instrumentalisées politiquement par certains idéologues au moyen de l’enseignement public et des médias. La théorie ou l’étude la plus conforme à leur vue sera présentée comme découlant d’un consensus universel, ce qui est toujours loin d’être le cas.
La vulgarisation fait que les théories scientifiques sont présentées sous une forme simpliste et résolument affirmative, alors que ceux qui les ont élaborées les considéraient comme de simples hypothèses.
Mais les scientifiques eux-mêmes font preuve de naïveté dès lors qu’ils sortent de leur « spécialité », la caractère analytique de la science moderne ayant engendré la multiplication des spécialités. Cette spécialisation toujours plus poussée et cette inaptitude à la synthèse, à relier tous ces domaines entre eux au moyen de principes supérieurs, engendre cette myopie intellectuelle qui tend à neutraliser l’esprit critique, même des personnes très compétentes dans leur domaine propre.
D’une manière générale, quand on parle d’enseignement obligatoire et de vulgarisation, « mieux vaut ne rien connaître du tout que d’avoir l’esprit encombré d’idées fausses, souvent indéracinables, surtout quand elles ont été inculquées dès le plus jeune âge. L’ignorant garde du moins la possibilité d’apprendre s’il en trouve l’occasion ; il peut posséder un certain bon sens naturel, qui, joint à la conscience qu’il a ordinairement de son incompétence, suffit à lui éviter bien des sottises. » René Guénon
Scientisme, ingénierie sociale et technocratie

En fin de compte, le scientisme implique que l’éducation de masse, en libérant des pseudo-illusions métaphysiques et théologiques, rende possible une gestion « rationnelle » de la société.
La logique est la suivante : « la science » est la meilleure des connaissances – donc il faut aborder toutes les situations « scientifiquement » – donc il est légitime de confier aux compétences « scientifiques » le soin d’organiser et de diriger la société.
Ceci débouche sur le régime dénommé « technocratie ».
A ce propos, il est utile de préciser que la science moderne est intimement liée à et même souvent confondue avec la technique, la technologie et l’industrie. C’est d’ailleurs par les avancées technologiques et techniques que l’idéologie scientiste a conquis les esprits d’une époque essentiellement matérialiste.
La technocratie est un régime politique régi par des principes rationalistes, dans lequel les « experts » et les ingénieurs sociaux jouent un rôle prépondérant. C’est l’application des méthodes scientifiques au fonctionnement de la société.
La manière la plus efficace et divertissante de se faire une idée de ce que serait une société complètement technocratique est de lire « Le meilleur des monde » de Aldous Huxley. Le lecteur y trouvera des ressemblance frappantes avec notre monde contemporain.
Pour conclure

La crise actuelle du covid 19 est l’illustration parfaite de ce qu’est la gestion « technocratique » de la société, et du rôle que joue la superstition du scientisme dans la gestion des masses. Le scientisme oppresse les individus intellectuellement, les trompe en faisant croire à son caractère objectif, neutre et exclusif.
Les conséquences sociales du scientisme en lui-même sont gigantesques et mortifères, alors même qu’un monde scientifique de plus en plus corrompu se noie dans un fatras « d’études » en vue de recevoir des financements.
Le scientisme en lui-même stérilise l’esprit, rétrécit les vues et rend perméable aux illusions et aux manipulations les plus évidentes. Cette idéologie sectaire est une entrave à l’intelligence, une insulte à ce qu’il y a de plus noble en l’homme.
A noter que les célèbres expériences de Milgram impliquaient l’obéissance à une autorité scientifique , et la nuance est d’importance au vue de l’actualité.


